Carton rouge à Jean-Luc Mélenchon pour son « plan B »

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A l’occasion du sommet pour un Plan B en Europe, Jean-Luc Mélenchon dévoile une « Union européenne hostile à la démocratie et à la justice sociale », s’en tenant à la souveraineté nationale et à la sortie de l’euro. En réponse, Emmanuelle Cosse affirme une « Europe démocratique, écologique et solidaire » dans le journal Libération. Vision belliqueuse, la manœuvre de Jean-Luc Mélenchon est dangereuse et remet en question la démocratie européenne.

Jean-Luc Mélenchon, un plan B en faveur de l’Europe des Etats-nations

Si dans son plaidoyer, Jean-Luc Mélenchon a raison de dénoncer le manque de débat sur l’Europe et les difficultés liées au système financier, il a tort d’affirmer que « démocratie et souveraineté populaire n’existe que dans le cadre national », négligeant toute souveraineté européenne, mais aussi municipale ou régionale.

S’il considère l’année 2017 comme charnière pour l’Europe en raison des élections présidentielles en France et législatives en Allemagne, il remet le destin de l’Europe dans la volonté des chefs d’Etats européens, chefs d’Etats-nations. Sans négliger leur apport dans le cadre du Conseil européen, l’Europe reste toutefois co-régie par d’autres institutions comme le Parlement européen ou la Commission européenne.

D’autre part, Jean-Luc Mélenchon évoque que le problème et la solution reposent sur les traités constitutifs de l’Union européenne : « je n’accepte pas les traités ». Trop rigide, trop bureaucratique et à l’encontre du peuple. Ainsi, il appelle au « rapport de force entre les nations » pour les changer. Autrement dit, la France doit défendre ses intérêts et s’affranchir de ceux d’autrui.

Enfin, il prétend que les créations européennes comme Airbus ou Arianespace en dehors de l’Union sont d’uniques réussites de « l’Europe » et s’oppose à l’euro, monnaie d’aliénation du peuple, au pouvoir de la finance. Dangereusement, il s’accorde avec les souverainistes sur la déconstruction de l’idéal européen. En ajoutant, « nous n’avons plus aucune illusion sur l’Union européenne », Jean-Luc Mélenchon se veut fataliste et sans ressource politique.

Il évoque à propos des partis français et principalement d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), « tous sont d’accord pour les traités budgétaires européens, tous pétaradent d’allégresse à l’idée d’approfondir ce processus magique ». Ces paroles ont heurté la secrétaire nationale du parti, Emmanuelle Cosse.

Pour une Europe démocratique, progressiste et sociale

Selon Emmanuelle Cosse, Jean-Luc Mélenchon fait un « procès à l’Union européenne ». Fustigeant l’attitude binaire du président du Front de Gauche, elle préconise sa voie « entre les politiques libérales et les rapports de force entre nations ».

En accord sur les difficultés économiques et sur le manque d’entente dans la crise des réfugiés, les divergences liées aux politiques climatiques ou la lutte contre le terrorisme, Emmanuelle Cosse est en revanche opposée sur la cause de ces phénomènes. Si pour Jean-Luc Mélenchon, l’Union européenne bloque les nations d’une souveraineté populaire, Emmanuelle Causse affirme que le problème de l’Union réside dans ces résistances nationales qui empêchent la souveraineté européenne. C’est une Europe minée par les égoïsmes nationaux, conservatrice à l’image des pays qui la composent, qu’il faut renforcer politiquement.

Elle ajoute que sur la crise des réfugiés, l’Europe doit-être davantage progressiste pour accueillir et partager sa culture plutôt que pour ériger des murs aux frontières. Mais la Commission bute sur la volonté égoïste des Etats-nations. Or, il n’y a pas de solution nationale à une question aussi transnationale que la gestion des grands flux migratoires. Sur la question climatique, ces mêmes Etats favorisent leur fleuron automobile en passant des contrats et n’hésitant pas à polluer. Le scandale Volkswagen en est la preuve.

Dès lors, comment imaginer les Etats plus efficaces isolés ? Il faut plutôt assumer un transfert de souveraineté accru et un meilleur contrôle de la responsabilité étatique. Emmanuelle Cosse propose ainsi un nouveau traité européen plus solidaire et progressiste et un vote à la majorité qualifié plus accru sur des questions sensibles.

L’Europe : une confrontation d’idées, mais non une lutte entre nations

Parler d’Europe est rare. Et quand le sujet est abordé, c’est davantage pour promouvoir la souveraineté nationale que la souveraineté européenne. C’est un discours qui fait le jeu des extrêmes, du repli sur soi et de la peur de l’autre. Jean-Luc Mélenchon l’assume en évoque qu’il est hors de question « d’accepter le statut de colonie du gouvernement allemand ». Sa position belliqueuse est sans équivoque « le plan B c’est ou vous cédez ou on vous tue ».

Mais Jean-Luc Mélenchon se trompe. Ce n’est tant pas une lutte entre Etats-nations qu’un combat idéologique qui doit s’opérer. L’Europe doit évoluer, franchir des petits pas. Il faut confronter les modèle politique et sociaux-économiques et non remettre l’Europe sur la défense des intérêts nationaux.

Mais la France, unique par son organisation territoriale et sa culture jacobine a des difficultés à trouver sa place. Le régionalisme ou l’européisme n’ont pas été une menace, ni même une source de préoccupation dans un tel Etat unitaire, sûr de son centralisme et tellement différent de tous ses voisins frontaliers. Si la France a réussi la nationalisation de son territoire, elle doit encore réussir son européanisation.

Emmanuelle Cosse porte une voix salutaire dans un espace public où parler d’Europe est source de toutes les controverses.

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