Drapeau de l'UE devant un bâtiment.

Décryptage des arguments : pour et contre le Brexit ?

Le « Brexit (contraction de British Exit) suscite de nombreuses réactions. Tant sur le plan de l’immigration, de la souveraineté politique ou de l’économie, les avis et intérêts divergents. Si certains prônent le maintien dans une Union européenne modifiée ou non, d’autres veulent tout simplement une sortie du Royaume-Unie. Dans un tel contexte, il semble nécessaire de dresser un panorama global, en mettant l’accent sur la compréhension de ces positions.

Pour une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne 

La volonté de limiter l’immigration et de réduire les aides sociales :

Pour contrôler ses frontières et limiter l’immigration, le Royaume-Uni veut réduire les aides sociales accordées aux migrants ainsi que réserver l’emploi aux Britanniques. En 2015, 336.000 personnes sont entrés au RU, dont 180.000 en provenance de l’UE, soit plus de 50%.

Toutefois, David Cameron devra se satisfaire d’un « frein d’urgence » pour restreindre l’immigration. Ce frein permet de suspendre les allocations versées dans le cas où les services publics subissent une forte pression. De fait, David Cameron n’aura pas de mal à activer ce levier, la Commission concédant que ces pressions existent déjà. Ajoutons à cela que la Cour de justice de l’Union (CJUE) a déjà évoqué que «la libre circulation des travailleurs peut être restreinte par des mesures proportionnelles aux buts légitimes poursuivis ».

Enfin, la possibilité pour les « migrants européens » au Royaume-Uni de percevoir des allocations familiales pour leurs enfants restés dans leur pays d’origine à moindre niveau économique, est solidement encadrée. En effet, le montant de ces prestations pourra être « indexé » sur le niveau de vie du pays de l’UE où ces enfants résident.

Ne plus contribuer au budget européen :

A l’image de la fameuse phrase de Margareth Tatcher « I want my money back », le Royaume-Uni maintient historiquement une défiance vis-à-vis du budget européen. Le pays qui payait près de 30 % de plus que ce qu’il recevait, a ainsi obtenu une «correction britannique». Aujourd’hui,  le pays dépense près de 8,5 milliards de livres annuellement et espère récupérer cet argent, signe d’un renforcement du PIB d’ici à 2030 de 0,6% à 1.6%.

Pouvoir se défaire des régulations administratives Bruxelloises :

La plupart des britanniques sont allergiques à l’administration et Bruxelles apparaît comme un géant dans ce domaine. Pour le Think-Tank Open Europe (libérale), le coût des 100 régulations les plus contraignantes s’élève à 33,3 milliards de livres par an.

De fait, en quittant ces règles, David Cameron souhaite également que les institutions économiques du Royaume-Uni ne soient pas concernées par l’Union bancaire. Un moyen de se protéger.

Pouvoir contester les décisions de la zone euro :

Autre condition des partisans du « Brexit », avoir son mot à dire dans toute décision des pays de la zone euro ayant un impact sur les non-membres. Londres veut protéger l’activité de la City, première place financière européenne. David Cameron veut même que l’UE admette posséder « plusieurs monnaies » et que les Etats ayant adopté l’euro « respecteront les droits et les compétences » des autres.

Si neuf Etats de l’Union européenne n’ont pas adapté l’euro comme monnaie, le Royaume-Uni semble être le plus sur la défensive sur la protection de ce bien commun. Pour Donald Tusk, président du Conseil européen, cette contestation  « ne constitue pas un droit de veto et ne pourra retarder des décisions urgentes ».

Le Royaume-Uni restera une grand puissance :

Enfin, autre élément pouvant être mis en avant est que le « Brexit » ne signifierait pas le déclin de la Grande-Bretagne. Elle pourra éventuellement maintenir des relations privilégiées avec l’Union Membre de l’OTAN, du conseil de sécurité de l’ONU et possédant la bombe nucléaire, elle est armée sur le plan diplomatique et militaire.

Ainsi, David Cameron souhaite enlever la phrase « une union toujours plus étroite » entre les Etats-membres. Ils considèrent que cette clause du traité de Rome de 1957 engage à marche forcée une intégration politique qu’ils refusent. Mais la réticence de certains chefs d’Etat donnera des difficultés pour obtenir cet accord.

Contre une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne 

La limitation de l’aide sociale, un entrave aux fondements de l’Union européenne :

Pour les partisans du maintien de la Grande-Bretagne, le discours est tout autre. Il ne s’agit pas de limiter les aides sociales accordées aux migrants, car ils contribuent davantage en matière d’impôts qu’ils ne coûtent aux caisses de l’Etat.

Par exemple, une étude du centre pour la recherche et l’analyse des migrations évoque que la contribution des migrants originaires de l’UE est ainsi supérieure de 34% à ce qu’ils reçoivent.

Beaucoup de personnes et à juste titre, conçoivent mal pourquoi ils devraient payer des impôts sans être protégés comme leurs collègues britanniques.

D’autre part, la volonté de ne pas jouer le jeu de l’union bancaire pour la City est inacceptable pour certains. La Banque Centrale Européenne (BCE) superviseur dans le cadre de l’union bancaire de la solidité des banques, estime que l‘exception britannique serait une source d’incertitude.

Pour Benjamin Coriat, membre des Economistes Atterrés, David Cameron ne veut pas payer les prestations sociales à tout migrants, que ce soit en France ou ailleurs.  Un jeune français qui partirait au Royaume-Uni ne pourrait pas s’en prévaloir. L’économiste évoque cette mesure d’inqualifiable car elle agit sur les quatre libertés fondamentales constitutifs du traités européen de 1986 faisant l’Europe, à savoir la circulation du capital, des marchandises, des services et des hommes. Il ajoute qu’avec de telles mesures, chaque pays pourra se prévaloir d’intérêts nationaux envers les autres, ce qui s’avère dangereux.

L’Union européenne, premier partenaire économique du Royaume-Uni :

L’UE est le premier partenaire économique du Royaume-Uni avec 45% des exportations britanniques et 53% des importations en 2014. D’après les calculs du Centre for European Reform (CER), l’adhésion à l’UE a accru les exportations britanniques de 55%. Et selon Open Europe, le Brexit pourrait entraîner une perte de PIB d’ici à 2030 de 0,8% à 2,2%.

De fait, sans accès au marché commun, le Royaume-Uni perdra une partie de ses investissements directs étrangers (IDE), qui viennent pour 48% de l’UE, au profit du reste de l’UE. Certaines banques comme HSBC enverront leurs employés à Paris (menace) ou autres capitales de l’UE. Et pour conserver un accès au marché commun, aux mêmes conditions que la Suisse ou la Norvège, le Royaume-Uni devra contribuer au financement de divers programmes européens.

Le Royaume-Uni gagnant de la construction communautaire :

Si actuellement, le Royaume-Uni est le quatrième contributeur au budget européen avec 11, 3 milliards d’euros dans le budget 2014, il reste loin derrière la France (19,5 milliards) ou l’Allemagne (25,8 milliards). D’autant que le rabais obtenu grâce à Margaret Thatcher a eu pour conséquence l’intensification de la dépense française.

En allant plus loin, on constate que Royaume-Uni consacre 0,23 % de son revenu national brut à la solidarité envers les autres membres de l’UE, se situant en dixième position. Déficitaire certes, mais de peu et loin derrière d’autres pays (Pays-Bas, France..).

Maintenir l’influence du Royaume-Uni et l’influence européenne :

On évoque communément que le « Brexit » entraînerait une perte d’influence du Royaume-Uni dans le monde, mais elle entraîne également ipso facto celle de l’Union européenne avec un membre possédant la bombe nucléaire et un siège au conseil de sécurité en moins.

Poids diplomatique et militaire, le Royaume-Uni reste un allié précieux quand il s’agit d’intervenir dans des conflits internationaux. Si l’Europe de la défense n’en est qu’à son embryon, se priver du Royaume-Uni serait difficile, laissant la France comme seul puissance militaire.

La division Ecossaise et de nouvelles tensions en jeu :

Le Brexit augmenterait la probabilité d’un nouveau référendum d’indépendance en Ecosse, davantage pro-européenne. Les Ecossais seraient en colère et souhaiterait se manifester. En 2014, 45% se sont prononcé pour l’indépendance, un important taux. Seule une année s’est écoulée depuis le référendum, mais beaucoup de choses ont changé dans la politique écossaise en ce laps de temps.

Le journal l’Opinion évoquant à ce sujet que le « Brexit accélérerait la déliquescence de certains Etats nations, à commencer par la Grande-Bretagne qui pourrait perdre l’Ecosse, mais aussi probablement de l’Espagne ou de la Belgique« .

Finalement, Martin Schulz président du Parlement européen résume l’enjeu principal du Brexit : « nous négocions un compromis nécessaire avec la Grande-Bretagne, membre du G7, qui a un droit de veto au Conseil de Sécurité des Nations Unies et qu’on veut conserver au sein de l’Union » qui constate que  « beaucoup d’incertitudes entourent les retombées économiques réelles d’un Brexit. Et c’est sans doute sur le terrain politique que le choc serait le plus déstabilisant« .

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