Portugal

Et si on parlait du Portugal ?

Portugal

La crise économique Européenne a révélé les insuffisances de nombreux pays. Si le traitement médiatique de la Grèce fut houleux, celui du Portugal fut largement occulté et son inquiétante réalité socio-économique reste bien moins connue du reste du continent. 

Le Portugal, pays fondé au XIIème siècle, marqué récemment pendant plus de quarante ans par le régime autoritaire d’António de Oliveira Salazar, a retrouvé la démocratie par la révolution des Œillets de 1974.

Se développant à la fin du XXe siècle développé, le pays devient économiquement prospère et politiquement stable. Membre fondateur de l’OTAN en 1949, de l’OCDE en 1948, de l’ONU depuis 1955, du conseil de l’Europe depuis 1976, de l’Union européenne depuis 1986, de l’espace Schengen, il est également l’un des pays fondateurs de la zone euro en 1999.

Néanmoins, cette forte intégration fut restreinte par l’apparition de la crise économique dans les années 2000 marquant une véritable rupture dans le pays.

Le choc de la crise économique et la demande d’aide Portugaise :

En effet, en 2009, le Portugal affiche un déficit public de 9,4% s’accroissant à 9,8% en 2010 avec un endettement public de 77,4% du PIB en 2009 montant à 93% en 2010. En comparaison, en 2009, le déficit public de la Grèce s’élève à 13,6% et l’endettement public est à 115% du PIB.

Ainsi, au mois de septembre 2012, la Troïka composée de la Banque Centrale Européenne, du Fond Monétaire International et de la Commission Européenne prévoit une baisse du déficit de 3% en 2012 et une baisse de 1% en 2013, avant de retrouver la croissance en 2014.

Les hommes politiques Portugais constatant les difficultés font appel le 7 avril 2011 au Fond Européen de Stabilité Financière et au FMI, afin de subvenir aux besoins en trésorerie du pays.

C’est ainsi que le 16 mai 2011, l’Eurozone annonce que le Portugal recevra une aide de 78 milliards d’euros du FMI, du Fonds Européen de Stabilité Financière et du Mécanisme Européen de Stabilité. Cependant, le Portugal devra accepter une contrepartie contrariante, en acceptant un plan de réduction de son déficit public qui doit passer de 9,8% en 2010, de 5,9% en 2011, de 4,5% en 2012 à 3% en 2013.

Les élections législatives de juin 2011 consacrant Pedro Passo Coelho à la tête du gouvernement met en place plusieurs plans d’austérités. Dès 2010, le gouvernement avait annoncé des coupes dans les salaires du secteur public ainsi que l’augmentation de certaines taxes. Mais le 23 mars 2011, le Parlement avait rejeté ces mesures.

Des mesures d’austérités difficilement supportables :

Le nouveau gouvernement de Coelho communique davantage de mesures afin de respecter les plans. Sont ainsi envisagés, des coupes dans les dépenses publiques, dans les salaires publics, une augmentation des taxes ainsi que l’abandon du droit de véto dans Portugal Telecom.

Mais toutes ces mesures ont une répercussion importante sur la vie quotidienne des citoyens Portugais. Le coût de la vie est en forte hausse, les transports deviennent plus chers, les soins de santé sont difficilement accessibles. Le pouvoir d’achat des Portugais baisse ainsi de 6% en 2012 avec une baisse de 27% du traitement des fonctionnaires avec le non remplacement d’un départ en retraite sur deux, un gel des salaires sur 4 ans ainsi que la suppression des 13e et 14e mois pour les fonctionnaires et les retraités aux revenus supérieurs à 1 000 euros.

Dans le privé, on assiste à une augmentation de l’horaire de travail d’une demi-heure par jour par l‘assouplissement du droit du travail permettant de licencier plus facilement, de limiter l’allocation chômage, de réduire le coût des heures supplémentaires et de diminuer les congés et les jours fériés.

Ce sont ainsi de terribles mesures qui viennent frapper le Portugal et en septembre 2013, Pedro Passos Coelho indique que dès le 1er janvier 2014, les cotisations sociales passeront de 11 à 18%, entraînant mécaniquement une baisse des salaires de 7%. Cependant, la situation ne s’améliore guère et au second trimestre 2012, le chômage atteint le seuil de 15%.

Par conséquent, le Portugal et la Troïka prévoient d’aller encore plus loin, dans les coupes budgétaires, notamment par une coupe de 67 milliards d’euros dans la santé. En effet, le paiement des soins par les patients a doublé, de 2,25 à 5 euros pour une consultation en ville et jusqu’à 20 euros pour une visite aux urgences. Seuls les patients à bas revenus, les maladies chroniques si la visite est en lien avec leur maladie et les personnes handicapées en sont exemptés.

Mais ces mesures n’améliorent pas les recettes fiscales, la consommation est en baisse et l’objectif de 4,5% fixé n’est pas tenu.

 Une légère récente amélioration, mais des perspectives restant inquiétantes :

Cependant, ces derniers temps, nous pouvons observer une amélioration de la situation Portugaise. Les efforts semblant porter leur fruit et au dernier trimestre 2013, le PIB du Portugal a augmenté de 0,6%, le taux de chômage a commencé à baisser et les exportations se portent légèrement mieux.

Diogo Teixeira, du fonds Optimize, à Lisbonne exprime « Nos entreprises regagnent de la compétitivité à l’exportation ».

Au mois d’avril 2014, le vice-premier ministre Paulo Portas évoque au sujet de la visite de la Troïka, que  » ce n’est pas un contrôle quelconque, c’est l’ultime. C’est l’examen qui doit nous permettre de retrouver notre autonomie politique et financière ».

En effet, le 22 avril 2014, la Troïka venue Portugal, a marqué la fin de sa tutelle et le retour sur le marché. Après 3 ans de lourds sacrifices, le Portugal est donc le deuxième pays de la zone euro à s’affranchir de l’aide octroyée. 

Aujourd’hui, ce sont 750 millions d’euros obligations à 10 ans qui sont émis sur le marché de la dette. Cette nouvelle émission ajoutant un pas de plus vers le chemin de la sortie du plan d’aide sans ligne de crédit supplémentaire.

Mais attention toutefois, car les politiques d’austérité sont toujours en vigueur, les problèmes portugais étant plus profond que l’orientation d’une ligne de conduite. D’abord, le taux de chômage des jeunes s’élève toujours à 36 %, tandis que la dette publique s’est établie à près de 127,8 % du PIB en 2013, l’un des niveaux les plus élevés de la zone euro.

Rue89 rapporte les propos de Diego un jeune doctorant de 30 ans en sciences sociales qui témoigne « Notre génération qu’on appelle “génération 500 euros” est en train de payer des retraites pour milliardaires, ceux qui sont passés par l’administration à la grande époque “vache à lait” : depuis les années 90, le pays a vécu au-dessus de ses moyens avec les subventions européennes et la création qui s’en est suivie d’institutions fantômes. Ces jeunes réclament le changement. »

Les fondamentaux économiques ne sont donc pas suffisamment solides pour le moment pour enclencher une reprise économique marquée, la croissance économique est insuffisante pour faire face à une dette insoutenable, les taux de la dette souveraine sont encore à des niveaux élevés (environ 6,5 %) et les réformes structurelles que le pays est en train de mettre en place ne pourront apporter tous leurs bénéfices qu’à plus long terme.

Dès lors, l’aide financière de la Troïka est encore indispensable et rien ne vient accréditer l’idée que le Portugal atteindra ses objectifs en termes de finances publiques. Ainsi, il convient de regarder avec attention le pays car il pourrait enclencher une nouvelle phase de la crise des dettes souveraines en entraînant un effet de contagion.

« Pour que le Portugal soit considéré comme sauvé, il faut que l’écart entre les taux d’intérêt à long terme et le taux de croissance soit suffisamment faible pour que les dettes publiques et privées se résorbent nettement », expliquent les économistes de Natixis.

Comme le rapporte Marie Charrel dans le monde, selon leurs calculs, ce point d’équilibre sera atteint dans cinq à sept ans. A condition toutefois qu’aucune nouvelle crise de défiance des investisseurs ne se produise d’ici là. Une période très longue. Par conséquent, le Portugal, pays peu traité dans les médias s’est vu occulté la gravité de sa situation en comparaison d’un pays comme la Grèce.

Enfin comme l’évoque Lucie Berland dans thelisbonomist, près de 20% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, une misère ordinaire et silencieuse qui échappe encore trop souvent aux projecteurs médiatiques internationaux.

 


 

http://www.thelisbonomist.com/portugal-en-crise-lautre-grece-europeenne/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_%C3%A9conomique_portugaise

http://rue89.nouvelobs.com/2011/03/24/crise-au-portugal-nos-riverains-racontent-une-jeunesse-sacrifiee-196786

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/03/11/le-portugal-va-mieux-mais-il-n-est-pas-sur-qu-il-puisse-se-passer-de-bequilles_4381068_3234.html

 

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