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L’Union Européenne et la COP21 à Paris : entre succès et échec historique

La COP21 à Paris : Entre succès ou échec historique

En décembre prochain, la France accueillera la 21e Conférence des Parties (COP) de la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC). Instituée en 1992 à Rio de Janeiro, cette réunion annuelle des Nations-Unies sur le changement climatique vise à rassembler les 195 Etats-Membres de la CCNUCC. Cette semaine, à Genève, les négociateurs du climat de 190 Etats se retrouvent pour étudier les pistes d’un accord mondial et pour trouver « le sens du compromis et de l’urgence ». Un accord dont les modalités peinent à faire consensus.

L’inquiétante trajectoire vers un réchauffement de 3°C à 5°C pointée par le dernier rapport du GIEC pousse la communauté internationale à s’engager davantage dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pour ce faire, la France et l’Europe auront pour objectif de faciliter la recherche d’un consensus. L’adoption à l’unanimité d’un accord juridiquement contraignant est nécessaire pour atteindre l’objectif de limiter la hausse de la température terrestre moyenne de 2°C.

Des négociations qui révèlent les disparités énergétiques entre Etats

Laurent Fabius évoque que l’accord ne va « pas se faire en un jour. Il va y avoir des itérations successives, mais nous espérons que grâce au travail des uns et des autres, au mois d’octobre (…) nous aurons un bon texte qui nous permettra d’aborder la COP21 de Paris dans un excellent climat pour obtenir un succès ». Cette semaine à Genève sera le seul antre des négociations climatiques. Le texte obtenu servira comme base de réflexion pour les négociations de décembre prochain. Paris sera l’aboutissement du programme des Nations-Unies et de négociations qui durent depuis plus de 20 ans.

Si un calendrier est prévu jusqu’en décembre 2015, aucune avancée notable n’est encore observée. Depuis le protocole de Kyoto en 1997, le monde est perçu de manière duale entre les pays riches et les pays en développement. Ce protocole a classé les pays selon plusieurs annexes. La Chine, l’Inde ou encore le Brésil considérés comme des pays en voie de développement sont dans l’annexe 2 et ne sont donc pas soumis aux obligations de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Le protocole de Kyoto fut alors critiqué pour son approche occidentalisée.

Aujourd’hui, la Chine est devenue un acteur majeur sur la scène internationale. L’accord bilatéral intervenu le 12 novembre dernier entre le géant chinois et les États-Unis est accord historique dans l’engagement mutuel sur un plan de réduction chiffré de leurs émission. Mais les objectifs sont loin d’être ambitieux. Les États-Unis promettent seulement une réduction de 26 à 28% d’ici 2025 par rapport à leur niveau de 2005. Barack Obama est confronté à de nombreuses difficultés, dont la pression des lobbies. Un fort mouvement climato-sceptique est soutenu par le parti républicain. Ces acteurs jouent sur le doute et entraînent avec eux, les citoyens américains.

D’autre part, en terme énergétique, les États divergent. Certains pays possèdent un mix énergétique permettant une transition vers une énergie propre et durable. En France, la politique énergétique est basée sur le nucléaire. Au Brésil, l’hydro-électricité a la faveur des politiques publiques. Ces pays prônent une législation plus coercitive vis-à-vis des productions énergétiques polluantes, dont celles des États-Unis, des pays de l’OPEP, de la Chine, de l’Inde ou encore de la Russie. L’échec de la COP15 à Copenhague en 2009 est dû à ces divergences.

Vers une autorité mondiale de régulation des émissions ?

Mais plus que ces différences, si la COP21 prend autant d’importance, c’est surtout par l’absence d’une autorité mondiale. Les pays jouent sur la théorie économique du passager clandestin. Chacun a intérêt à laisser les autres diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre plutôt que de le faire eux-mêmes. Aucun niveau supranational n’existe, ni aucune institution capable de centraliser les quotas d’émissions. A Paris, on envisage des engagements volontaires sans sanction en cas de dépassement. Une telle vision n’est pas tenable. L’adaptation au niveau international va se transformer en enjeux financier. Les pays développés pourront-ils réellement accepter de financer les pays les moins riches ? Dimanche dernier, en porte-parole des pays en développement, l’Afrique du Sud a appelé à la bonne volonté de tous. La Commission européenne est persuadée que « Si ces réponses financières n’émergent pas, il n’y aura pas d’accord à Paris. »

Il faut toutefois rappeler que cet accord est indispensable. Non seulement la crédibilité des tous les États est en jeu, mais surtout la préservation du climat et de la planète ne peut plus attendre.

Un accord indispensable pour la préservation de la planète

La COP21 sera le rendez-vous de la crédibilité ou ne sera pas. L’essentiel à Paris sera de formuler des engagements contraignants. Les États seront-ils contraints dans leur objectif ? Avec quel instrument juridique ? Cet accord est la dernière chance pour les acteurs politiques de maintenir l’objectif climatique de limitation à 2°c degrés de hausse des températures d’ici 2100.

Faudra-t-il attendre que les catastrophes naturelles se multiplient pour que le monde surmonte son appétence pour les énergies carbonées ? Faudra-t-il attendre une augmentation de 4°C pour comprendre que des réductions d’émissions de gaz à effet de serre sont nécessaires ?

Selon le GIEC, la température peut s’élever jusqu’à 4,8°C d’ici 2100. Il reste une seule solution, diminuer ses émissions de l’ordre de 40 à 70% pour 2050 et jusqu’à 0% pour 2100. Face à de telles ambitions, il est impératif de repenser le modèle social. Réfléchir à un nouveau modèle de consommation, de vie au quotidien. Le réchauffement climatique affectera de manière différente les pays, les personnes ayant le moins contribué à ce dérèglement en subiront les plus lourdes conséquences.

Le rapport Stern évoque le coût économique des dommages par une perte annuelle permanente du PIB de l’ordre de 5 à 20%. L’accord de Copenhague (COP15) de 2009 était un échec. Cela doit cesser. La COP20 à Lima en décembre 2014 n’a pas eu le rôle important qu’elle devait avoir. La conférence de Genève doit permettre de poser un cadre. Pour Maesela Keakana, négociateur au sein du groupe Afrique : « Nous sommes à un moment critique ». Plus on attendra, plus la lutte contre le changement climatique sera difficile. Les Etats ont les cartes en main. C’est la planète qui est en jeu.

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