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Pourquoi aimer et défendre l’Union européenne ?

Nous sommes en novembre 2018 et les élections européennes de 2019 approchent à grands pas. Elles s’annoncent essentielles compte tenu des tensions actuelles sur de nombreux sujets (populisme, migration, défense et sécurité, environnement…).

 Ce moment à la croisée des chemins m’a inspiré quelques phrases pour rappeler aux lecteurs la nécessité de l’Union européenne pour faire face à l’ensemble de ces défis. Mais aussi, pour rappeler le sens du projet et les suggestions d’améliorations à y apporter.

C’est quoi l’Union européenne ?

On entend beaucoup de propos sur L’Union européenne. L’UE est un complot allemand ou une conspiration française envers les autres pays . C’est une dictature, un monde opaque, etc.

 Mais pour être objectif, on pourrait simplement dire que l’Union européenne est un projet politique établi entre 28 Etats-membres (bientôt 27) dont les règles sont fixées dans deux Traités : 

  1. Le Traité sur l’Union européenne (TUE)
  2. Le Traité sur le Fonctionnement de l’Union européenne (TFUE)

Cela veut dire qu’on ne fait pas n’importe quoi dans cet espace commun. Les pays ont décidé librement de se soumettre aux règles qu’ils ont eux-mêmes établies. Certains pays d’Europe ne sont pas rentrés dans l’UE par choix comme la Suisse ou la Norvège. Et, il est même possible de s’en retirer par l’article 50 du TUE. C’est ainsi que l’UE est une entité originale par sa création qui lie chaque membre par le consentement aux règles. 

Il est essentiel de rappeler que l’UE est le plus grand projet de paix jamais conçu. Cette période que nous connaissons n’a pas connu un tel moment semblable dans l’histoire. Il est possible pour les jeunes générations de trouver cela futile. Il est donc nécessaire et indispensable de commémorer et penser les désastres d’un temps passé. Le passé forge le présent et prépare le futur. 

Depuis plus de 70 ans, ce projet a maintenu la coopération entre la France et l’Allemagne, convaincu d’ex-dictatures à adhérer comme l’Espagne ou le Portugal et a intégré des pays aux revenus modestes comme la Bulgarie et la Roumanie. 

Il est vrai qu’à sa création, le projet est venu d’une élite. On peut aisément le comprendre car il était peu probable d’imaginer une entente entre les citoyens français et allemands peu de temps après la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est par le courage de certains Hommes politiques et la vision de Jean Monnet que la construction communautaire a pu voir le jour.

Et il n’est pas de mon propos de considérer l’UE comme une belle utopie, mais de poser un regard objectif sur les apports apportés. Pour cela, elle a intégré les économies des États membres plus étroitement que n’importe quelle confédération de l’histoire. L’apport de la Politique Agricole Commune (PAC) en 1962 a permis un développement structurel de l’agriculture et a permis de redonner à manger à tous les citoyens. Aujourd’hui cette politique évolue pour prendre en considération le changement climatique.

De même, la politique régionale via des fonds structurels a permis un développement important des territoires. Ainsi, des pays comme l’Espagne et la Pologne ont largement bénéficié de leur adhésion à l’UE. Enfin, c’est dans l’Union européenne que nous avons un contrôle accru sur la sécurité sur des produits, l’étiquetage, les aliments afin de préserver la santé et la sécurité des citoyens. 

Une interdépendance entre les membres s’est créée. L’Allemagne est de loin la première destination d’exportation de la France. Quatre pays se situent derrière l’Allemagne à des chiffres équivalents. Il s’agit de l’Italie, de la Belgique, du Royaume-Uni et de l’Espagne. Que des pays membres de l’UE !

D’autre part, la création de l’euro a renforcé ces liens. Et si la politique monétaire est une compétence exclusive de l’Union européenne, la politique budgétaire reste entre les mains des Etats-membres. C’est-à-dire que l’UE n’a pas le pouvoir de décider à la place des Etats sur les recettes et les dépenses publiques, ni sur des transferts entre Etats. Si elle n’a pas ce rôle, c’est parce que les Etats n’en n’ont pas voulu. On a donc une politique économique asymétrique qui est souvent mal perçue des citoyens. 

Par ailleurs, l’UE, c’est la possibilité de vivre, travailler et s’installer dans chacun des pays membres. Il faut simplement regarder dans de nombreux pays du monde les difficultés aux frontières, l’angoisse d’un déplacement pour se rendre compte qu’entre espagnols et français, c’est une réalisation incroyable de vivre dans un même espace sans frontière.

Toutefois parmi les 510 millions de citoyens européens, seulement 2% vit dans un autre Etat-membre. Si de nombreuses facilitées ont été développées notamment par les accords Schengen de 1985 et leur application en 1995, il reste néanmoins des blocages administratifs liés à la reconnaissance des diplômes. Il faut en être conscient et poursuivre un travail pour favoriser l’harmonisation. 

Concernant la sécurité, si nous reprenons les chiffres de la défense des Etats-membres, ce n’est pas un hasard si de nombreux États ont les budgets militaires parmi les plus bas de la planète. En effet, nous avons transformé le coin le plus dangereux sur Terre en le plus sûr.

Chiffre dépense militaire

Enfin, un dernier aspect essentiel de l’Union européenne réside dans les libertés fondamentales. Depuis le Traité de Lisbonne entré en vigueur en 2009, la Charte des Droits Fondamentaux de 2001 à la même valeur que les Traités. Cette charte garantit notamment la dignité humaine, le droit à la vie, l’interdiction de la peine de mort, l’interdiction de la torture, de l’esclavage, le droit à la sûreté, à la protection des données personnelles, le droit de se marier, de réunion pacifique, d’association, la recherche scientifique, la non-discrimination, l’égalité homme-femme etc… Des droits qui peuvent nous paraître élémentaires, mais au combien précieux dans un monde instable. 

Et on pourrait même aborder la Convention Européenne des Droits de l’Homme de 1950 qui a pour but de protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales en permettant un contrôle judiciaire du respect de ces droits individuels.

Enfin, l’Union européenne met à disposition des statistiques sur toutes ses politiques par l’outil Eurostat.

Eurostat

Mais pourquoi donc l’Union européenne est décriée ?

Quand on parle d’un désamour envers l’Union européenne, on pourrait citer tout d’abord pointer la responsabilité des médias et l’accessibilité de l’Europe. La politique européenne reste marginale en France et dans les médias. Elle est peu traitée. Et paradoxalement, de nombreux sites internet comme Toute l’Europe, les chaines de télés Arte et EuroNews ou les Centres d’Information Europe Direct en région apportent un contenu de qualité.

Egalement, on peut questionner le rôle du service public, dont les missions sont d’informer objectivement les citoyens. Ce serait opportun de diffuser les débats pour les élections européennes et la présidence de la Commission. Mais, le vrai problème est que l’Europe n’est pas sexy !

D’autre part, l’Europe n’est pas vraiment enseignée à l’école. Dans les programmes scolaires, les chapitres sur l’Union européenne et l’histoire des Etats-membres sont au compte goutte. On devrait davantage arrêter de considérer l’Europe comme un élément extérieur, mais de regarder notre propre territoire avec des yeux d’Européens puisque c’est ce que nous sommes. 

Ainsi, il existe chez une majorité de citoyens et sans leur reprocher, un déficit de connaissances techniques sur les politiques et programmes, le fonctionnement institutionnel et autre aspects relatif à l’UE. Alors oui, pour les lecteurs du journal Le Monde ou les téléspectateurs d’Arte, l’Europe ça parle. Mais ce n’est pas le cas de la majorité. 

Par ailleurs, politiquement, la France n’est pas habituée à voir des coalitions et le Parlement européen est constitué de grandes coalitions. l’Union européenne travaille en permanence sur un compromis entre ses membres. L’Europe ce n’est pas la France en plus grand, ce sont 28 Etats-membres (bientôt 27), des commissaires et des Eurodéputés qui s’entendent pour rédiger des textes de loi (directives, règlements et décisions). Et il n’est pas facile d’arriver à un consensus. Cela prend du temps, de l’énergie et demande une forte compréhension mutuelle. Surtout si on prend en compte les variétés linguistiques. 

Sur le papier, le système européen est démocratique. Les eurodéputés sont élus par les citoyens et le Conseil de l’Union européenne est élu indirectement par les représentants nationaux. Et le Président de la Commission européenne provient de la majorité politique du Parlement européen. L’Europe ce sont les Etats et les citoyens. Toutefois, on a du mal à s’y retrouver car le débat se tourne autour de figures nationales et on se représente l’Europe par le prisme de l’Etat nation.

A ce sujet, il est important de rappeler le référendum sur le Traité Etablissant une Constitution pour l’Europe de 2005 qui a laissé un souvenir amer chez les journalistes qui étaient plutôt à l’époque pour l’ouverture tandis que la société française a valorisé la fermeture. 

Réconcilier le citoyen avec l’Union européenne 

Pour réconcilier le citoyen à l’Union européenne, on pourrait peut-être davantage valoriser les contenus qui existent. Je pense notamment aux sources d’informations citées précédemment. On pourrait également valoriser la communication du Parlement Européen sur ce que l’Europe fait chez moi.

Par ailleurs, on pourrait à l’école faire bénéficier plus aisément les élèves à un échange afin de s’imprégner de l’Europe. A ce propos, il est intéressant de noter la probable augmentation du budget Erasmus+ avec un fléchage dédié sur les partenariats scolaire.

Concernant les programmes de l’éducation nationale, l’UE n’a pour l’instant aucune compétence exclusive en la matière et ne peut qu’appuyer comme elle le fait avec le programme Erasmus+. L’entourage familial et social est aussi important. Si un jeune a bénéficié d’une mobilité et d’une expérience européenne, son message sera bénéfique à l’ensemble de son entourage. 

On pourrait également mieux former nos élites politiques, les journalistes et les juristes aux thématiques européennes en renforçant la place de l’Europe dans les Instituts d’Etudes Politiques et les écoles de journalisme. 

Enfin, il faut noter que la construction européenne est un projet unique dans l’histoire et que cela prend du temps. On ne peut pas se sentir européen par des règles économiques, mais par la culture, par le vécu, par l’expérience, par l’émotion, par ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise. L’histoire européenne prendra du temps avec des ajustements permanents. Car la force de l’Union européenne, c’est de rassembler 28 (bientôt 27) cultures diverses. L’alchimie ne peut pas s’opérer d’un coup.

Rien n’est parfait. L’UE, bien que supérieure à la somme de ses parties, présente de nombreux défauts, à l’instar de ses États membres. Néanmoins, la déclaration suivante reste exacte : “Ceux d’entre nous qui vivent dans l’Union européenne vivent dans la démocratie supranationale la plus pacifique, la plus prospère et la plus éclairée qui ait jamais existé, à tout moment et dans toute l’histoire de l’humanité”.

Robin

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