Vienne

L’élection présidentielle autrichienne expliquée simplement !

Hier soir, le premier tour de l’élection du 12ème président fédéral a réservé son lot de surprise. Qualifié de « tsunami » politique par la presse, le parti d’extrême droite FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs) est arrivé largement en tête. Revenons ensemble en 5 points concis sur ces enjeux.

1. La victoire de Norbert Hofer, du parti d’extrême droite FPÖ :

 

Norbert Hofer, candidat pour le parti FPÖ est arrivé en tête avec 36,4% de suffrages. Après avoir déjà dépassé 30% de suffrages sur plusieurs scrutins régionaux l’an passé, le parti atteint son meilleur résultat dans une élection nationale depuis la 2nd guerre mondiale.

Ce discret vice-président du Parlement est le benjamin des candidats (44 ans). Il a su convaincre un électorat jeune par un style courtois, élégant, loin de certains dérapages connus dans des précédents élections.

Néanmoins, le FPÖ reste un parti d’extrême droite et une menace pour la cohésion européenne. Norbert Hofer a déjà évoqué « je ne veux pas que l’Autriche soit un pays musulman » ou encore qu’il ne veut pas de « réfugiés économiques car ils détruisent notre système social ».

2. L’échec des partis traditionnels :

 

La victoire du FPÖ est le résultat d’un échec, tant de la social-démocratie (Sozialistische Partei Österreich, SPÖ) que des conservateurs (Österreichische Volkspartei, ÖVP). Le candidat du SPÖ Rudolf Hundstorfer et de l’ÖVP Andreas Khol ont été éliminés, avec 11,2 % des voix chacun.

Ces deux partis se partageaient le pouvoir depuis 1945, mais leur coalition est malmenée par le chômage (relatif) et la crise migratoire. Pour le chef du FPÖ Heinz-Christian Strache, « C’est un résultat historique, qui reflète les qualités de Norbert Hofer, mais aussi une profonde insatisfaction vis-à-vis du gouvernement ».

Le chancelier SPÖ actuel Werner Faymann s’est déclaré «attristé» du résultat et a assuré que le gouvernement travaillerait encore «plus dur».

3. Des prétendants porteurs d’espoir :

 

Entre la victoire du FPÖ et l’échec des partis traditionnels, la multiplicité des candidatures (6) a fait le jeu des verts et des indépendantistes. Arrivé second et troisième respectivement, Van Der Bellen et Irmgard Griss ont obtenu 21,1% et 18,8% des suffrages.

Van Der Bellen, 72 ans, président des Verts de 1997 à 2008 a refusé d’être soutenu par une formation politique malgré l’appui financier des Verts. Malgré tout, il faisait d’office de favori et se retrouve porteur des espoirs de la gauche et de la droite modérée pour le second tour. Pour le politologue Anton Pelinka,  son retard apparaît «très difficile» à surmonter.

De même qu’aucun candidat et aucun parti à l’exception des Verts n’a appelé à reporter ses suffrages sur lui. Le chancelier Wener Faymann a toutefois indiqué qu’«à titre personnel», il voterait en sa faveur.

Irmgard Griss, 69 ans fut présidente de la Cour suprême de 2007 à 2011 et se revendique comme indépendante. Elle s’est fait connaître dans son travail contre la corruption.

4. Le président autrichien, un rôle protocolaire :

 

Le président autrichien est élu pour six ans, renouvelable 1 fois et prendra la succession de Heinz Fischer président sortant (SPÖ). Il occupe une fonction honorifique, ne participant pas à la gestion quotidienne du pays. En revanche, il est muni d’outils pouvant agir sur le pays :

  • Dissoudre le parlement
  • Nomme le chancelier
  • Chef des armées

Au cours de sa campagne, Norbert Hofer a ouvertement menacé, s’il était élu, de recourir à la possibilité de dissoudre le parlement si la majorité ne suivait pas ses recommandations.

5. Les enjeux de cette élection avant le second tour :

 

Pour le politologue David Pfarrhofer, l’élection du président s’est jouée «non sur les personnalités, mais sur les problèmes de société».

Finalement, cette compagne électorale fut dominée par la question des migrants et du chômage. Si le gouvernement actuel a restreint fortement l’accueil des demandeurs d’asile, le FPÖ lui repproche de ne pas en avoir fait assez.

Rapporté à sa population, l’Autriche est le premier pays d’accueil en Europe en 2015 (90 000 demandes d’asile enregistrés).

A plus long terme, M. Pelinka estime que «le FPÖ est clairement favori pour les prochaines législatives. Et on ne peut pas exclure qu’il forme alors une coalition avec le SPÖ ou avec l’ÖVP».

En 2000, le FPÖ était entré au gouvernement comme partenaire de l’ÖVP, alors dirigé par Wolfgang Schüssel. L’UE avait alors adopté des sanctions contre le pays, un scénario jugé peu probable aujourd’hui. Dans tous les cas, nous saurons fixés le 22 mai.

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