Theresa May, humour anglais et nouveaux nommés

Theresa May entre au 10 Downing street sans même faire campagne pour obtenir l’investiture de son parti. - Policy Exchange (CC/Flickr)
Theresa May entre au 10 Downing street sans même faire campagne pour obtenir l’investiture de son parti. – Policy Exchange (CC/Flickr)

Du côté du 10 Downing street, Theresa May succède à David Cameron. Avec un nouveau cabinet, elle devra négocier la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Partisane à demi-mot du « Remain », Theresa May a convaincu les conservateurs les plus eurosceptiques par sa fermeté sur le thème de l’immigration. Elle a ainsi réussi à faire consensus.

L’ascension de Theresa May

Fille d’un pasteur anglican, née en 1956 à Eastbourne au sud-est de l’Angleterre, Theresa May est souvent comparée à la chancelière Angela Merkel. Conservatrice, pragmatique, ouverte aux compromis, elle débute sa carrière politique en 1986 et est élue en 1997 député conservatrice dans le Berkshire. Première femme secrétaire générale du parti conservateur de 2002 à 2003, elle a contribué à la victoire de David Cameron en 2010. Récompensée par le portefeuille du ministre de l’Intérieur, elle le conservera jusqu’à sa prise de fonction de Première ministre, cette semaine. Un exploit politique pour un poste ministériel souvent propice au va-et-vient.

Imposant une politique ferme envers les immigrés, elle clamait en 2015 aux délégués de son parti que « quand l’immigration est trop élevée, quand le rythme du changement est trop rapide, il est impossible de construire une société cohérente ». Si l’ensemble de la classe politique lui reconnaît une autorité méritée, Theresa May devra cependant faire face à un contexte délicat après le vote des Britanniques en faveur du Brexit.

Theresa May, une partisane du « Remain » négociant le « Brexit »

Les règles de l’Union européenne exigeant que le Royaume-Uni acceptent les migrants de l’ensemble des pays de l’Union étaient impopulaires pour de nombreux Britanniques. De fait, les rhétoriques « anti-immigration » ont dominé la campagne pour le « Leave ». Et les sondages le montraient bien comme facteur le plus décisif pour ce vote. En ce sens, Theresa May semble être la bonne personne pour diriger un Royaume-Uni post-Brexit, où les arguments populistes ont triomphé lors du référendum.

Mais durant la campagne, elle a préféré soutenir David Cameron en faveur du « Remain ». Elle n’a par contre pas été particulièrement investie dans la campagne et n’a effectué qu’un faible nombre d’interventions publiques. De fait, par sa discrétion, elle a réussi à remporter l’adhésion des supporters du « Remain » sans s’exposer aux critiques des tenants du « Leave ». Après la résignation de Boris Johnson et la démission de Nigel Farage du parti eurosceptique UKIP, seules Andrea Leadsom, ministre de l’Energie du gouvernement Cameron, pro-Brexit, et Theresa May étaient dans la course pour le poste. Andrea Leadsom baissant les bras, Theresa May s’est finalement imposée sans conflit, sans campagne, sans vote. C’est de facto qu’elle a remporté les clés du 10 Downing street, raillé par une partie de la classe politique britannique et européenne, qui moque la manière peu démocratique qui l’a menée à ce poste.

Surprise, BoJo dans le cabinet May

Nommée dans la soirée du 13 juillet, Theresa May a constitué un cabinet à la demande de la reine Elisabeth. Ce cabinet se compose en grande majorité de conservateurs eurosceptiques et de partisans du « Brexit » à l’instar de David Davis, ancien secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, nommé ministre en charge du Brexit, qui sera aux manettes pour négocier la sortie de l’Union européenne. Cela tombe bien, pour May, « out is out », pas de sortie à moitié ou de nouveau référendum à espérer.

Mais la personnalité la plus controversée du jeune gouvernement reste Boris Johnson, désigné ministre des Affaires étrangères après son refus de réclamer le poste de leader du parti conservateur et le siège de premier ministre. Sa nomination est accueillie avec perplexité ou éclats de rire dans la sphère politique européenne. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier qualifie d’ailleurs Boris Johnson d’irresponsable.

En effet, peu diplomate, l’ancien maire de Londres est adepte de la provocation et de la rhétorique populiste, largement usitée pendant la campagne référendaire. Il n’avait pas hésité à donner un avis bien à lui des buts de l’Union européenne : « Napoléon, Hitler, plusieurs personnes ont essayé de le faire, et cela s’est terminé de manière tragique. L’Union européenne est une autre tentative avec des méthodes différentes. », avait-il confié aux journalistes du Sunday Telegraph dans une interview publiée le 15 mai dernier.

De plus, ce drôle de personnage fait figure de novice. Il n’a jamais occupé un poste ministériel. Il sera bien entouré d’autres eurosceptiques, siégeant aux côtés de David Davis et de Liam Fox, chargé du commerce international.

Martin Schulz, le président du Parlement européen a déclaré que le nouveau cabinet de Theresa May surfe sur les divisions internes du parti conservateur plutôt que de promouvoir l’intérêt national, poursuivant un « cycle dangereusement vicieux » qui nuira à la Grande-Bretagne et à l’Europe. La stratégie de Theresa May est claire. Faire respecter la voix du citoyen britannique, mais il lui manque toujours un plan d’action défini.

Theresa May déjà dans l’impasse ?

Au lendemain du référendum, David Cameron a déclaré fermement que le processus de sortie de l’Union européenne appartiendrait à son successeur. Si Theresa May a toujours proclamé son désir de respecter le vote des Britanniques, elle souhaite s’octroyer du temps pour imaginer sa stratégie de négociation. Cependant, elle peut difficilement faire la sourde oreille aux appels pressants des leaders européens, qui lui demandent d’enclencher au plus vite l’article 50 des traités pour ouvrir les rounds de négociations. Angela Merkel attend du nouveau premier ministre de la clarté sur la question du type de relations que le Royaume-Uni veut construire avec l’Union européenne. Même Nigel Farage a même récemment rappelé qu’il faudra être juste envers les 17 millions de votants qui ont opté pour le « Leave » et donc activer à la première occasion l’article 50.

Ainsi, le défi de Theresa May sera de trouver la bonne posture pour le Royaume-Uni dans ces négociations. Les dirigeants européens se méfient d’un accord à sens unique. Par peur que d’autres pays ne suivent l’exemple du Royaume-Uni, ils refusent d’ores et déjà aux Britanniques un accès favorable au marché intérieur.

Si Theresa May n’arrive pas à convaincre ses homologues européens, deux choix semblent se dessiner. Soit elle décide que le Royaume-Uni quitte l’Union européenne avec des miettes, risquant de mettre en péril l’économie britannique qui a besoin du continent, soit elle renonce au « Brexit » menant à un suicide politique certain. Le quotidien The Guardian l’a bien compris en relatant l’ensemble des défis qui attendent Theresa May, « pas d’argent, pas de franche majorité et une grosse migraine : l’Europe ». Et le quotidien The Independant s’excusant du « désordre » laissé à la suite du Brexit. Un feuilleton qui ne fait que commencer.

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